De la caserne Lepic au Parc Montcalm :
un siècle de témoignages d’une ancienne cité militaire

Les origines de l’EAI

Au début du XXème siècle, l’Etat français propose à la ville de Montpellier d’échanger l’une de ses casernes de l’actuel quartier des Beaux-Arts (au nord de l’Ecusson), contre des terrains du domaine de Mas de Cotte situé dans les faubourgs Sud-Ouest de la commune. Ce domaine jouxte notamment le « champ de Manœuvre » que l’armée avait acquis dès 1887 grâce à un autre échange avec la Mairie (le « Champ de Mars », où s’étale aujourd’hui l’esplanade Charles de Gaulle).

C’est ainsi que la caserne Lepic voit le jour en 1912, soit 10 ans après ladite transaction. Dès lors, elle bénéfice d’un vaste secteur frôlant les 40 hectares, seulement coupé par le chemin qui deviendra la rue des Chasseurs.

L’année 1967 marque un premier tournant décisif dans l’histoire de la caserne et du quartier : l’Ecole d’Application de l’Infanterie, alors située à proximité du Mans, dans la Sarthe, est fusionnée avec l’Ecole Militaire d’Infanterie montpelliéraine pour donner naissance à cette nouvelle Ecole d’Application de l’Infanterie (EAI). Dans les années qui suivent, de nombreux édifices aux fonctionnalités multiples voient le jour jusqu’au début des années 2000, pour accueillir et former des centaines d’officiers et de sous-officiers!

 

Batiment Languedoc EAI

La caserne Guillaut (secteur Nord) :

La caserne Lepic devient la caserne Guillaut dès 1947, en hommage au colonel Joseph Guillaut, l’une des grandes figures de la résistance dans la région, assassiné en 1944 par la Gestapo. Les 12 hectares situés entre la rue des Chasseurs (au sud) et la rue de la croix du capitaine (au nord), sont ceinturés par un imposant mur de pierres de plusieurs mètres de haut. C’est dans cette partie que se dressent encore la majorité des bâtiments construits (70 000 m²). On y distingue une « zone vie » près de l’entrée principale à l’Est, et une « zone atelier » dans la moitié Ouest.

La « zone vie » est dominée par deux grands bâtiments jumeaux alignés au centre de la zone (baptisés « Lorraine » et « Bretagne »), de 4000 m² chacun répartis sur trois étages pour accueillir près de 250 militaires. C’est la ville de Montpellier qui construisit ces tout premiers bâtiments pour que les jeunes circonscrits puisse rester au plus près de leur commune d’origine. Un troisième bâtiment aussi haut que les deux premier s’impose à gauche de l’entrée principale et se destine à accueillir l’état-major sur 3000m². Un grand gymnase (1500m²), une infirmerie de trente lits, une chapelle et même un cinéma de 500 places complèteront cette zone de la caserne au cours du temps. C’est aussi dans cette zone que le Musée de l’Infanterie voit le jour au début des années 70, à proximité du mur Nord.

La « zone atelier » rassemble de multiples structures destinées à entreposer le matériel d’habillement et l’armurerie, ainsi qu’un immense hangar (4 100 m² !) utilisé comme garage et comme station-service.

L’essor du Parc Montcalm :

L’arrivée de l’école d’infanterie motive la construction de nouveaux bâtiments au nord du « champ de Manœuvre ». Plus de 20 hectares de ce qui n’était devenu qu’un vaste champ en accès libre (cirques et théâtres ambulants venaient notamment s’y installer), discrètement traversé par le Lantisargues (un ruisseau essentiellement souterrain), sont alors fermés au public et reliés à la caserne Guillaut par un pont au-dessus de la rue des chasseurs, le « Pont de Palikao ».

Un « pôle instruction » voit d’abord le jour aux abords du pont avant de bénéficier d’une extension en 2003. Comme son nom l’indique, c’est un vaste bâtiment composé de salles de cours, mais également de deux amphithéâtres de 50 et 250 places ainsi que d’une médiathèque et un mess des officiers.

Le reste du parc accueille un imposant pôle sportif, d’un bâtiment d’hébergement de 420 chambres et plus de 100 logements de la Société Nationale Immobilière le long de la rue des chasseurs. Les espaces verts deviennent le « Parc Montcalm », du nom d’un général du XVIIIème siècle né près de Nîmes qui s’est illustré au Québec contre les anglais.

La plupart des équipements sportifs sont encore en place aujourd’hui et comprennent notamment : une piste d’athlétisme, un terrain stabilisé, 5 terrains de tennis, un terrain de basket-ball, un terrain de hand-ball, 3 terrains de volley-ball, différents parcours, et même un héliport. A proximité de la rue de Bugarel, la limite sud du parc Montcalm, se dresse également une piscine et la villa du général.

 

EAI Parc faubourg56

La fin de l’EAI :

En 2008, le gouvernement annonce que l’école sera transférée à Draguignan pour y rejoindre l’Ecole de l’Artillerie. La ville de Montpellier réclame aussitôt les terrains à l’Etat pour un prix symbolique afin de compenser les pertes économiques créées par la fermeture de l’Ecole d’Application de l’Infanterie où près d’un millier de personnes exercent alors une activité, dont plus de 600 militaires et leur famille. Le musée de l’Infanterie, rénové en 1999 et qui accueillait 15000 visiteurs chaque année, est également fermé (son avenir est encore incertain malgré l’intention de son transfert à Draguignan). La disparition de l’activité militaire n’est toutefois pas totale : en 2011, les gendarmes de Celleneuve s’installent sur le pôle d’instruction et la “caserne Lepic” revoit le jour.

Les 38 hectares du Parc Montcalm et de la caserne Guillaut sont finalement rachetés à l’Armée de Terre pour 19 millions d’euros, et les espaces verts du parc Montcalm sont rapidement ouverts au public en janvier 2011, quelques mois après le départ des militaires l’été précédent.

Avant même la cession officielle des terrains, la municipalité lance des appels à projets et des concertations avec les habitants du quartier pour réhabiliter et faire revivre cette immense enclave à quelques encablures du centre-ville. La piscine est même rénovée dès 2009 au profit des clubs sportifs mais détruite 6 ans plus tard car beaucoup trop coûteuse à mettre aux normes pour accueillir le grand public.

 

Le patrimoine militaire dans le futur quartier :

Si le nouveau quartier verra la destruction de quelques édifices militaires peu exploitables de l’ancienne caserne (les vieux hangars à l’angle des rues Fontcouverte et de la Croix du Capitaine, la passerelle au-dessus de la rue des Chasseurs), la ville s’est engagée à respecter ce patrimoine désormais historique. La plupart des structures seront ainsi conservées tout comme la majeure partie du mur d’enceinte.

L’immense garage de la caserne, près de la rue Fontcouverte, accueille ainsi depuis janvier la Halle Tropisme, lieu d’échanges, de rencontres, de travail, de culture et de restauration. Le cinéma voisin fera quant à lui partie intégrante d’une salle de spectacle multifonction, le « Cocon ».

Les plus anciens bâtiments situés à l’entrée de la caserne Guillaut (cf état-major, Lorraine et Bretagne) seront réhabilités (et parfois augmentés : cf l’édifice derrière l’état-major) en appartements modernes répondant aux normes actuelles de sécurité et de performance énergétique. Le bâtiment du musée de l’Infanterie accueillera des activités tertiaires innovantes. Le centre de l’ancienne place d’arme a été choisi comme le cœur de la future Cité Créative et accueillera une station de la ligne 5 du tramway. L’un des bâtiments le long de la rue du 56ème régiment d’artillerie est d’ores-et-déjà intégré au groupe scolaire Jeanne Moreau qui ouvrira dès la rentrée 2019. L’ancienne chapelle devrait également accueillir une crèche.

Dans le parc Montcalm, le plupart des structures sportives actuelles seront conservées et rénovées.

Ainsi, en l’espace de quelques années, ce qui était devenu une friche urbaine après un siècle d’occupation militaire se métamorphosera en un quartier original mêlant modernité et histoire, afin d’accueillir logements, écoles et entreprises innovantes; un quartier accessible au travers les moyens de mobilité douces et sublimé par un vaste parc arboré à proximité.


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